piaillée 49

Dans cette 49e piaillée, nous pouvons saluer l’envolée lyrique du Glaude, lancée par la défense d’un des trois Armstrong, le premier ayant été musicien, le second astronaute, et le dernier champion du Tour de France, soutenu par des produits dopants. Aux yeux de notre ami – et peut-être aux yeux d’autres personnes, qui considèrent qu’un humain n’est pas « d’un bloc » -, il reste un élément d’émotion, que nous lui sommes reconnaissants de signaler à Mme Louise.

 

Une petite note à propos de « garêtre » (guérir). Nous savons que le francoprovençal, comme ses cousines les langues romanes (issues du latin), est riche en variétés de formes conjuguées. Aux yeux de ceux qui apprécient l’ordre, cette « forêt » peut paraître irritante, mais pour ceux qui aiment l’aventure, elle réserve des surprises, surtout dans le domaine de la grammaire comparée, si l’on met côte à côte des formes verbales du francoprovençal, de l’occitan, du français, de l’italien etc. et aussi… du latin !

 

Si la question vous intéresse, revenez – comme dans le jeu de l’oie – à la piaillée n° 3, où on vous présente les verbes inchoatifs et leur conjugaison originale dans le francoprovençal. On vous y présente les verbes « fini » et « murêtre ». Ce sont deux formes d’infinitifs qui, selon les lieux, peuvent s’« échanger ». Je n’ai jamais rencontré la forme « finêtre », mais elle peut fort bien exister çà et là. Quant à « murêtre », on trouve en général « muri ». Vous avez constaté que la conjugaison se fait sur la base « –esc– », d’où « je finèsso », « i murèssont », etc. Ce suffixe –esc-, d’origine latine poétique, peut donc, je pense, sous l’influence de deux verbes qui possèdent une forme rappelant les verbes inchoatifs – « connutre » ou « connêtre » (je connusso / connèsso etc.) et « nêtre » (je nèsso etc.), influencer l’infinitif des verbes véritablement inchoatifs et donner ces formes typiquement et exclusivement francoprovençales telles que « murêtre », « finêtre ». ou « garêtre ». J’ignore si d’autres verbes s’y ajoutent. Cherchez de votre côté !

 

 

 

 

La piailla francoprovinçala

 

La Louise éte faticâ. « Te qu’ésse quâsi in journalisto, te podriâs devès ecrire tot solet de chouses d’actualitâ dins l’Essor ? », que le me fésit. « – Perque pâ ? », que je reponis. « Vos sonjis que je surins zou fére ? – Oua, suramint ! Et com’icin, je chômarai na brèsa… » Adon, me vetia, et je compto que je porè abondâ de la pluma.

 

Tè, pârlons don de musica, de luna et de vélo. Ayis-vos remarquâ qu’o i a très Armstrong que tot lo mondo connussont ? Lo plus vieu, Louis, joyâve de trompetta de jazz coma in’anjo, celu dou mitan, Neil, ayet grapilli tant que su la luna, et lo plus jouéno, Lance, ayet gâgni set saisons attenant lo Tor de Franci, mais assadâ de michantes drogues pe donâ in bon coup de man à sos mollets… I l’ant d’abôr condamnâ, mais je sonjo qu’o n’impachira pâ duës chouses : que nos avancessians à appoyi su le pédales le fins de semana, et étot que nos gardessians, mâgrâ se frouilleries, lo soveni d’ion qu’ayet surmontâ sa maladie et montrâ que châquion pout espérâ de garêtre coma-se. De celos très dius, o ni a ion qu’a chu, mais o nos réste los dous autros, que nos bâillont l’invia de fére de brâva musica et de nos involâ vé les etèles…

 

A la semana que vint !

 

Lo Glaudo

 

 

La causette francoprovençale

 

La Louise était souffrante. « Toi qui es presque journaliste, tu pourrais peut-être écrire seul des choses d’actualité dans l’Essor ? », me dit-elle. « – Pourquoi pas ? », répondis-je. « Vous pensez que je saurais le faire ? – Bien sûr ! Et ainsi, je me reposerai un peu… » Alors me voici, et j’espère que je saurai manier la plume.

 

Tiens, parlons donc de musique, de lune et de vélo. Avez-vous remarqué qu’il y a trois Armstrong que tous connaissent ? Le plus vieux, Louis, jouait de la trompette de jazz comme un ange, celui du milieu, Neil, avait grimpé jusque sur la lune, et le plus jeune, Lance, avait gagné sept années de suite le Tour de France, mais avalé de méchantes drogues pour donner un bon coup de main à ses mollets… On vient de le condamner, mais je pense que cela n’empêchera pas deux choses : que nous continuions à appuyer sur les pédales le week-end et aussi, malgré ses tricheries, que nous gardions le souvenir d’un homme qui avait surmonté sa maladie et montré que chacun peut espérer guérir comme lui. De ces trois dieux, l’un est tombé, mais il nous reste les deux autres, qui nous donnent l’envie de faire de belle musique et de nous envoler vers les étoiles…

 

A la semaine prochaine !

 

Le Glaude

 

 

piaillée 48

Dans cette piaillée n° 48, les deux voisins disputent à propos de la distinction entre la Toussaint (1er novembre) et le Jour des Morts, qui en est le lendemain. Le Glaude, toujours prêt à se précipiter la tête la première (pléonasme…) dans une erreur, se fait corriger par sa voisine, qui cite un passage d’une pièce de théâtre jouée dans un village des environs en 1937.

 

Le monologue du vigneron qui se plaint de la paresse et du laisser-aller de son épouse s’inscrit dans la très ancienne tradition du mal-marié, variante des écrits misogynes. Notons aussi que l’image miroir de cette tradition, celle de la femme maltraitée, apparaît justement dans la piaillée qui précède (n° 47), sous la plume de Laurent de Briançon, poète grenoblois du XVIe siècle.

 

Il y a dans cette comédie des termes intéressants. « Crèpi », « crèche », est un mot aussi bien de la  langue de l’agriculture que de la religion, et témoigne du son origine, plus discernable en francoprovençal qu’en français : « krippia », qui désigne dans la langue germanique (des Francs) la mangeoire des animaux.

 

Quant au « crosson » (« berceau »), les étymologistes en font un mot gaulois, donc employé avant la colonisation romaine et resté dans la langue du pays en dépit de l’adoption du latin. Une variante en est « lo cro », de même sens, et on y joint le verbe « crossi » (« bercer »). J’ajoute que le radical de « bercer » est considéré également comme gaulois.

 

Comme la langue des Gaulois est pour longtemps, et peut-être pour toujours, la grande inconnue des chercheurs, en dépit des rapprochements hasardeux que l’on fait avec les langues celtiques d’aujourd’hui, de deux mille ans plus jeunes ( !), restons prudents dans ces domaines, et évitons de « nos crossi » (« nous bercer ») d’illusions…

 

 

 

La piailla francoprovinçala

 

Hier madin, je veyo ma visina avoué de chrysanthèmos. « Vos allâs ou cemintiro, Mme Louise ? – Non, mon Glaudo, o sera per deman. Inqueu, o v é la Toussaint, lo jor de tuis los saints. – Oh, o n’i a certes iqui, que rachitont los péchous dou payis, j’espéro : lo Passique, que chapotâve sa fena, la mâre Groba, que fésiet de marchi nè… – Te finirés pe los juindre, à fôrci de cancornâ ! I ne t’ant pâs fat tôrt ? Tandis que lo vigneron de la « Crèpi de Vaugneray », na pici de théâtro que los mamis dou payis joyiront in 1937, ayet de raisons pe borlâ. Acota-lo :

 

« J’ai ina fenne que me fait bien de misères… La gaillorde pa sou caprices et sa mauvaisi humeur mette tojor lo ménageo sins deussus-desso… Hier lo sai, je rintrovo de la vigne tot trimpo de suageo, je ne sayins po seulement ou que poso ma piochi, la fenne n’étien pa à la maison… Elle rintre, et elle me dit : Te vétia chin d’ivrogne, te n’o incore rin fait vué, féniant… Enfin, j’ouvro la maison : que donc que je voyo dedins ? Lo coïvo d’un couto, l’arrosou de l’autre, lo crosson de l’éfant au biau mitan de la chambre, et lo pot de chambre qu’étient incore tot plein de la vielle… »

 

«  – Oh, je chusirè na meillou fena que lu… – Bona chanci, mon pouro Glaudo ! »

 

A la semana que vint !

 

Lo Glaudo

 

 

La causette francoprovençale

 

Hier matin, je vois ma voisine avec des chrysanthèmes. « Vous allez au cimetière, Mme Louise ? – Non, mon Glaude, ce sera pour demain. Aujourd’hui, c’est la Toussaint, le jour de tous les saints. – Oh, il y en a sûrement ici, qui rachètent les pécheurs du village, j’espère : le Passique, qui battait sa femme, la mère Grobe, qui faisait du marché noir… – Tu finiras par les rejoindre, à force de cancaner ! Ils ne t’ont pas porté tort ? Alors que le vigneron de la « Crèche de Vaugneray » une pièce de théâtre que les enfants du village jouèrent en 1937, avait des raisons de gémir. Ecoute-le :

 

« J’ai une femme qui me fait bien des misères… La gaillarde, par ses caprices et sa mauvaise humeur, met toujours le ménage sens dessus-dessous… Hier soir, je revenais de la vigne tout trempé de sueur, je ne savais même pas où poser ma pioche, la femme n’était pas à la maison… Elle rentre, et elle me dit : Te voilà, chien d’ivrogne, tu n’as encore rien fait aujourd’hui, fainéant… Enfin, j’ouvre la porte : que vois-je à l’intérieur ? Le balai d’un côté, l’arrosoir de l’autre, le berceau de l’enfant au milieu de la chambre, et le pot de chambre qui était encore tout plein de la veille… »

 

«  – Oh, je choisirai une meilleure femme que lui… – Bonne chance, mon pauvre Glaude ! »

 

A la semaine prochaine !

 

Le Glaude