LO RETOR DE LA PRIMA, CONTO Chapitro 1. Lo long hivar

 

LO RETOR DE LA PRIMA, CONTO

Chapitro 1. Lo long hivar

O iéte in long, long hivar, si long qu’ol ayet pardu lo sovegni de ce qu’o i ayet avant, mémo qu’o ne sayet plus si o i ayet ayu quôque chousa avant cele grands garipèles frèdes et gliaciës.

O n’i ayet de partot que jaillires et gla, freu et ora gliacia que vo jalôve l’ôma si o sonjôve tint se pou qu’o fallet les afrontô in betant lo nô defou. Le gins étiant tou agrogni vé chi-se, refrezis davant la chaminô onqu’o i ayet in pou de fresiya, pasque depué que l’hivar durôve, depué pô mô de générations, le provisions de boué pa fére de fueu se fésiant toujors plus rôles, que lous ébros ne boussôvont plus ou si doucimint pa causa qu’o n’i ayet plus de solè ou de chaud.

O i ayet fran longtimps qu’o n’i ayet plus de bétiës dins celes régions vouédes, onque la freu sarvaji et lo manquo d’harba les impachôvont de vivre. Et si lous plus vieux arri-de-grands se rappelôvont qu’in se parmenant dins ce qu’éte dins lo timps de boués vardayants il ayant quôquevès contrepassô na livra ou na churota, lous pitits môtrus ne sayant pôs mémo ce qu’o volet dére.

Le gins que demorôvont jugnant se norréssiant de quôques pugnas d’ayans que se trovôvont incore dins lous boués, de racines qu’il ayant barrayi à tiri et de quôques mégres harbes que gueniyôvont à boussô dins celu michant climat.

Mé tot par in coup, ol arrivit na chousa incrayôbla. Dins ina familli que simblôve fran les outres familles dou payis, in frôre et na suar ayant depués quôques nès in soin troblô, de drôles de sinsations, et des emages inconnuës veniant lous visitô dins liou révos, ce que lous ébravajôve ina brèza. O i éte de brés, d’odeûrs et de visions qu’i ne connussiant gin et que chabroyôvont lious nès, qu’i ne sayant fran pôs ce qu’i voyant dére et d’ont qu’i veniant.

Lo frôre et la suar, Isabela et Alexandro, uront de simblôblos révos chôquion de son lô et cragnant de nin parlô à l’outro, que ce qu’i viviant la nè n’éte pa ièlos pôs possiblo de partagi, de représintô et de contô. Arrimé, ou bot dou trèsiemo jor, i n’i teniant plus, parléront insion de lious avintures de la nè et trovéront que l’étiant parfètamint parilles. Il ayant pou de se confiô à lious parints et à le grandes parsonnes qu’il connussiant et décidéront d’allô trovô lo lindeman à bôr de nè, quand parsonna ne lous varret, la plus viyi fena dou payis qu’o déset que l’ayet mé de cent ans et éte in pou sorciri, que tous lous outros bortèros cragnant et que demorôve pôs fran près dou bor. Le suret suramint ce qu’o volet dére que celes étranges emages de la nèt et expliquô parque don que le veniant et ce qu’o fallet nin fére ou nin songi.

LE RETOUR DU PRINTEMPS, CONTE.

CHAPITRE 1. LE LONG HIVER

C’était un long, long hiver, si long qu’on avait perdu le souvenir de ce qui existait avant, si même il existait quelque chose avant ces grandes étendues froides et glacées.
De partout, ce n’était que gel et frimas, froidures et vent glacial qui vous gelait l’âme à la seule pensée qu’on doive les affronter en sortant dehors. Les gens étaient tous terrés chez eux, grelottant de froid, la cheminée à peine alimentée par quelques menus branchages, car depuis que l’hiver durait, il y a plusieurs générations de cela, les provisions de bois pour le feu se faisaient de plus en rare, les arbres ne poussant plus ou si faiblement, en raison de l’absence de soleil et de chaleur.
Cela faisait longtemps qu’il n’existait plus aucun animal dans ces contrées désolées, le froid mordant et le manque de végétation rendant leur survie impossible. Et si les plus anciens aïeux se souvenaient avoir, au cours de leurs promenades dans ce qui étaient à l’époque de vertes forêts, parfois croisé la route d’un lièvre ou d’une biche, les jeunes enfants ignoraient jusqu’à la signification de ce terme.
Les personnes habitant ces parages se nourrissaient des quelques rares glands qui se trouvaient encore dans les bois, de racines déterrées à grand peine et de quelques maigres herbes qui voulaient bien pousser dans ce climat hostile.

Et c’est alors que l’inouï se produisit. Dans une famille, qui ressemblait en tous points aux autres familles de la contrée, un frère et une sœur avaient depuis quelques nuits un sommeil troublé, des sensations étranges et des images inconnues jusqu’alors venaient les visiter en songe, provoquant un certain sentiment de malaise en eux. C’était des sons, des odeurs et des représentations imagées totalement inconnus qui venaient troubler leurs nuits et dont ils ignoraient totalement ce qu’ils signifiaient et d’où ils venaient.
Le frère et la sœur, Isabelle et Alexandre, vécurent de semblables rêves chacun de leur côté, sans oser en parler à l’autre, tant ce qu’ils vivaient en songe la nuit leur semblaient impartageables, irreprésentables et indicibles. Puis, au bout du troisième jour, n’y tenant plus, ils se confièrent l’un à l’autre leurs aventures nocturnes et ils les trouvèrent semblables en tous points. N’osant se confier à leurs parents ni à aucun adulte qu’ils connaissaient, ils décidèrent d’aller trouver le lendemain, dans la soirée, quand personne ne les verrait, la plus vieille habitante du village, une femme qu’on disait plus que centenaire et un peu sorcière, que tous les autres villageois craignaient et qui vivait un peu à l’écart du village. Elle, elle saurait certainement la signification de toutes ces images étranges de la nuit et leur donner la raison de leur venue et ce qu’il fallait en faire ou en penser.

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