piaillée 53

Cette piaillée n° 53 tourne autour d’un dicton météorologique aussi poétique qu’énigmatique. Comme tous les dictons, il a non seulement un sens évident (une fois décrypté), mais aussi un sens symbolique certainement très riche, au moins autant que ce minuscule nuage que personne ne remarque et qui va déclencher des perturbations. Ces trois « trochées » dansants concentrent toute la musicalité du francoprovençal. Répétez-les en vous-même en scrutant un ciel d’azur ! Il y a souvent une niôla prima à un coin de l’horizon.

 

La météorologie préoccupe autant les citadins que les ruraux. C’est d’une certaine manière le seul élément chaotique de nos vies bien réglées. En outre, pour celui qui vit de la terre, le temps à venir a une importance capitale, d’où un grand nombre de dictons, proverbes, locutions et mots, d’un emploi parfois rare, surprises émerveillées de l’explorateur du vocabulaire. Ainsi, « niôla », contrairement au français, qui marque la différence entre brouillard et nuage, correspond aux deux, mais possède une sorte de doublet moins connu, « nibla », venant apparemment du même terme latin « nebula », mais par un cheminement mystérieux. « Nibla » désigne cette brume légère qui s’élève du sol à l’aube ou au crépuscule.

 

Les noms des précipitations sont variables selon la saison. « Marsia », apparenté au mois de mars, est donc une giboulée. Pour les averses de neige, même fondue, on parle de « macariauda », mot un peu étrange, qui ressemble au « macariaud », le geai. Qu’y a-t-il de commun entre eux ? Le nom de cet oiseau rappelle celui de ses cousins marins, macareux et macreuse, mais là aussi, que ferait notre brave geai automnal des bois de chênes sur les récifs océaniques ? Poésie des mots, diversité des langues…

 

 

 

 

 

La piâilla francoprovinçala

 

« Mon pouro Glaudo, j’ai fran la téta que gassoille ! », que me fésit la Louise, ma visina. Faut dére que je ne l’ayin d’abôrd pâ connu : l’ére trimpa coma in miron qu’aret chu dins la buya. « O féset fran biau, je su modâ vère ma cusina sins prindre de pâraplévi. O i ayet bien na drola de pitita niôla ou coin dou cier, et j’arin dû me rappelâ de ce qu’i disian les autres vès : ‘niôla prima tire’ ! – Que ? I é-to d’arabo ? – Mais non, grand bredin ! ‘Niôla prima’, o i é na matroua niôla. – Ah oua ! Mais quon que le ‘tire, cela niôla ? – Si t’ayâs de que dins lo cassot, te trovariâs certes… – Ben oua ! Ina niôla tint se pou matroua pout tiri, o vout dére fére veni in cuchon de grousses niôles, qu’o fara na bona marsia… – O mon Glaudo, que je su fiera d’avè in visin qu’a tant d’émo ! – Mme Louise, je su vrè confus… – Te n’âs jamais songi à rintrâ à la météo ? – Vos me veyi souteyi à la télé davant na cârta de Franci ? – O n’i a pâ que quien. T’ariâs pu travailli dins in bureau, à carculâ lo timps qu’o va i avè… – Me fére sampilli per totes les gins dou payis per la fre ou la chaud qu’o fat, non meci ! – Eh oua, o ne pout pâ fére plaisi à tot lo mondo… »

 

A la semana que vint !

 

Lo Glaudo

 

 

 

La causette francoprovençale

 

« Mon pauvre Glaude, je perds vraiment la tête ! », me dit la Louise, ma voisine. Il faut dire que sur le moment, je ne l’avais pas reconnue : elle était trempée comme un chat qui serait tombé dans la lessiveuse. « Il faisait beau, je suis allée voir ma cousine sans prendre de parapluie. Il y avait bien un drôle de petit nuage au coin du ciel, et j’aurais dû me rappeler ce qu’on disait autrefois : ‘niôla prima tire’ ! – Quoi ? C’est de l’arabe ? – Mais non, grand niais, ‘niôla prima’, c’est un petit nuage. – Ah oui ! Mais qu’est-ce qu’il ‘tire, ce nuage ? – Si tu avais quelque chose dans la cervelle, tu trouverais sûrement… – Ben oui ! Un tout petit nuage peut tirer, c’est-à-dire faire venir une masse de gros nuages, ce qui donnera une bonne averse… – O mon Glaude, que je suis fière d’avoir un voisin qui sait tant de choses ! – Mme Louise, je suis vraiment confus… – Tu n’as jamais pensé à aller travailler à la météo ? – Vous me voyez sautiller à la télé devant une carte de France ? – Il n’y a pas que cela. Tu aurais pu travailler dans un bureau, à calculer le temps qu’on va avoir… – Me faire malmener par tous les gens du village pour le froid ou le chaud qu’il fait, non merci ! – Eh oui, on ne peut pas contenter tout le monde… »

 

A la semaine prochaine !

 

Le Glaude

 

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