piaillée 52

Fin 2012, l’actualité révélait que non loin de chez nous, dans la Marne, les restes d’un mammouth témoignaient de l’abattage de l’animal par des hommes. A l’époque de cette découverte, on attribuait encore leur disparition à un réchauffement climatique, mais aujourd’hui, diverses constatations tendent à montrer que c’est la chasse qui aurait fait disparaître ces magnifiques animaux, comme d’autres encore à travers le monde. Mais nos deux amis ne pouvaient pas alors le soupçonner.

 

Mme Louise profite de l’occasion pour parler de l’accaparement des terres de paysans pauvres sous les tropiques, achetés à bas prix par de puissants groupes financiers. Nous ajouterons que ce n’est pas là chose nouvelle, car tout au long de notre histoire, crises frumentaires, pestes et guerres ont souvent conduit à l’aliénation des terres agricoles par ceux qui ne les cultivaient pas.

 

A notre rubrique linguistique, deux mots : « sarvages » et « gâta ». Le premier est issu du latin « silva », qui équivaut à « forêt ». Bien sûr, à l’opposé des terres d’élevage, la forêt est pleine de bêtes sauvages. Pensons à ce propos à un charmant village du Beaujolais et au col du même nom : les Sauvages. Toujours prêts à la raillerie, les environs ont brodé sur le caractère supposé des habitants, sans savoir – les ignorants – que le nom de la commune était dû aux bois qui l’entouraient. Les sauvages n’étaient donc pas du côté que l’on peut penser !

 

Le mot suivant montre une tournure fréquente en francoprovençal et en français régional. On va « au dentiste » quand on a une dent qui est « gâte ». Là où l’on dit « trempé », les gens disent « trempe » (j’étais tout trempe). Un moteur en panne est « arrête », et un gros mangeur est « tout gonfle » ou, parlant plus près du francoprovençal, « coufle » (du verbe « coflâ », issu du latin « conflare », d’où vient aussi le verbe « gonfler »). Cet adjectif verbal sans suffixe se retrouve dans la fameuse « pattemouille », qui est en fait une patte mouillée, citée dans le commentaire de la piaillée n° 50.

 

 

 

 

 

 

La piâilla francoprovinçala

 

« Mme Louise, qué biau mammouth qu’il ant decarruchi dins la Marna ! O i ayet de silex équiapâs, qu’o montrâve que de gins n’ayant depondu de taillons per se norri… Té que vos nin songis ? – Mon Glaudo, o i a cent mila saisons, i minjâvont de plantes sarvages ou de pitites bétiës, et quand per chanci o i ayet in mammouth môrt, i ne fésiant pâ la boba, mémo que la vianda éte gâta… Je sonjo qu’i n’ayant guéro à se betâ dins la corgnôla, pâ vrè ? – Mais, Mme Louise, quand mémo qu’il ayant sovint fam, i n’ant pâ tous petafinâ, que nos sons qui ! Herusamint, nos ans pro à mingi, et pâ selamint d’ous à miaula de mammouth ! – Certes oua, mon Glaudo. Mais so los tropicos, o i a sovint de sechés et de timps porri, et los païsans, que sont pouros, sont oubligis de vindre ious terres à de grous que se fichont bien d’iellos et curtivont per l’exportation ou l’industrie… – Donc quand j’achito de fiajoles ou de fruiti que venont de l’autro lâ de la terra, j’ingrésso d’affameûrs ? – Pâ toujors, mon Glaudo… Qu’o ne te fasse pâ regret ! Le gins ant ué na via in pou meillou que celos que se botiflâvont le boyes selamint quand i decuriant in mammouth crevâ su iou chamin… »

 

A la semana que vint !

 

Lo Glaudo

 

 

La causette francoprovençale

 

« Mme Louise, quel beau mammouth on a trouvé dans la Marne ! Il y avait des silex taillés, qui montraient que des gens en avaient prélevé des morceaux pour se nourrir… Qu’en pensez-vous ? – Mon Glaude, il y a 100000 ans, on mangeait des plantes sauvages ou de petits animaux, et quand par chance il y avait un mammouth mort, on ne faisait pas la grimace, même si la viande était gâtée… Je pense qu’ils avaient peu à se mettre dans l’estomac, n’est-ce pas ? – Mais, Mme Louise, même s’ils avaient souvent faim, ils n’ont pas tous péri, puisque nous sommes là ! Heureusement, nous avons assez à manger, et pas seulement des os à moelle de mammouth ! – Bien sûr, mon Glaude. Mais sous les tropiques, il y a souvent des sécheresses et des intempéries, et les paysans, qui sont pauvres, sont obligés de vendre leurs terres à des gros qui se moquent bien d’eux et cultivent pour l’exportation ou l’industrie… – Donc, quand j’achète des haricots ou des fruits qui viennent de l’autre côté de la terre, j’engraisse des affameurs ? – Pas toujours, mon Glaude… Que cela ne te coupe pas l’appétit ! Aujourd’hui, les gens vivent un peu mieux que ceux qui ne se remplissaient la panse que quand ils découvraient un mammouth crevé sur leur chemin… »

 

A la semaine prochaine !

 

Le Glaude

 

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