piaillée 48

Dans cette piaillée n° 48, les deux voisins disputent à propos de la distinction entre la Toussaint (1er novembre) et le Jour des Morts, qui en est le lendemain. Le Glaude, toujours prêt à se précipiter la tête la première (pléonasme…) dans une erreur, se fait corriger par sa voisine, qui cite un passage d’une pièce de théâtre jouée dans un village des environs en 1937.

 

Le monologue du vigneron qui se plaint de la paresse et du laisser-aller de son épouse s’inscrit dans la très ancienne tradition du mal-marié, variante des écrits misogynes. Notons aussi que l’image miroir de cette tradition, celle de la femme maltraitée, apparaît justement dans la piaillée qui précède (n° 47), sous la plume de Laurent de Briançon, poète grenoblois du XVIe siècle.

 

Il y a dans cette comédie des termes intéressants. « Crèpi », « crèche », est un mot aussi bien de la  langue de l’agriculture que de la religion, et témoigne du son origine, plus discernable en francoprovençal qu’en français : « krippia », qui désigne dans la langue germanique (des Francs) la mangeoire des animaux.

 

Quant au « crosson » (« berceau »), les étymologistes en font un mot gaulois, donc employé avant la colonisation romaine et resté dans la langue du pays en dépit de l’adoption du latin. Une variante en est « lo cro », de même sens, et on y joint le verbe « crossi » (« bercer »). J’ajoute que le radical de « bercer » est considéré également comme gaulois.

 

Comme la langue des Gaulois est pour longtemps, et peut-être pour toujours, la grande inconnue des chercheurs, en dépit des rapprochements hasardeux que l’on fait avec les langues celtiques d’aujourd’hui, de deux mille ans plus jeunes ( !), restons prudents dans ces domaines, et évitons de « nos crossi » (« nous bercer ») d’illusions…

 

 

 

La piailla francoprovinçala

 

Hier madin, je veyo ma visina avoué de chrysanthèmos. « Vos allâs ou cemintiro, Mme Louise ? – Non, mon Glaudo, o sera per deman. Inqueu, o v é la Toussaint, lo jor de tuis los saints. – Oh, o n’i a certes iqui, que rachitont los péchous dou payis, j’espéro : lo Passique, que chapotâve sa fena, la mâre Groba, que fésiet de marchi nè… – Te finirés pe los juindre, à fôrci de cancornâ ! I ne t’ant pâs fat tôrt ? Tandis que lo vigneron de la « Crèpi de Vaugneray », na pici de théâtro que los mamis dou payis joyiront in 1937, ayet de raisons pe borlâ. Acota-lo :

 

« J’ai ina fenne que me fait bien de misères… La gaillorde pa sou caprices et sa mauvaisi humeur mette tojor lo ménageo sins deussus-desso… Hier lo sai, je rintrovo de la vigne tot trimpo de suageo, je ne sayins po seulement ou que poso ma piochi, la fenne n’étien pa à la maison… Elle rintre, et elle me dit : Te vétia chin d’ivrogne, te n’o incore rin fait vué, féniant… Enfin, j’ouvro la maison : que donc que je voyo dedins ? Lo coïvo d’un couto, l’arrosou de l’autre, lo crosson de l’éfant au biau mitan de la chambre, et lo pot de chambre qu’étient incore tot plein de la vielle… »

 

«  – Oh, je chusirè na meillou fena que lu… – Bona chanci, mon pouro Glaudo ! »

 

A la semana que vint !

 

Lo Glaudo

 

 

La causette francoprovençale

 

Hier matin, je vois ma voisine avec des chrysanthèmes. « Vous allez au cimetière, Mme Louise ? – Non, mon Glaude, ce sera pour demain. Aujourd’hui, c’est la Toussaint, le jour de tous les saints. – Oh, il y en a sûrement ici, qui rachètent les pécheurs du village, j’espère : le Passique, qui battait sa femme, la mère Grobe, qui faisait du marché noir… – Tu finiras par les rejoindre, à force de cancaner ! Ils ne t’ont pas porté tort ? Alors que le vigneron de la « Crèche de Vaugneray » une pièce de théâtre que les enfants du village jouèrent en 1937, avait des raisons de gémir. Ecoute-le :

 

« J’ai une femme qui me fait bien des misères… La gaillarde, par ses caprices et sa mauvaise humeur, met toujours le ménage sens dessus-dessous… Hier soir, je revenais de la vigne tout trempé de sueur, je ne savais même pas où poser ma pioche, la femme n’était pas à la maison… Elle rentre, et elle me dit : Te voilà, chien d’ivrogne, tu n’as encore rien fait aujourd’hui, fainéant… Enfin, j’ouvre la porte : que vois-je à l’intérieur ? Le balai d’un côté, l’arrosoir de l’autre, le berceau de l’enfant au milieu de la chambre, et le pot de chambre qui était encore tout plein de la veille… »

 

«  – Oh, je choisirai une meilleure femme que lui… – Bonne chance, mon pauvre Glaude ! »

 

A la semaine prochaine !

 

Le Glaude

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s