piaillée 47

Parure, toilette, élégance féminine forment la thématique de cette piaillée. En l’occurrence, les hommes, aussi bien le défunt mari de Mme Louise que son jeune voisin, sont toujours embarrassés pour faire des compliments autres que « vous êtes gaunée de neuf », comme le déclare maladroitement le Glaude.

 

Sa voisine en profite pour lui citer un passage du « Banquet des Fées », écrit entre 1550 et 1590 par Laurent de Briançon, poète grenoblois. C’est donc un très ancien texte littéraire francoprovençal. Les fées sont rassemblées pour tenir un banquet dans la montagne des environs de Grenoble, lorsqu’une des plus jeunes, arrivant hors d’haleine, explique son retard à la reine. Elle a été témoin des mauvais traitements infligés par un homme à son épouse. Les fées délibèrent alors pour décider des punitions qu’elles infligeront à ce mari indigne.

 

Ecrit en alexandrins, ce poème est une œuvre pleine de verve et de vie, et en même temps un document qu’on pourrait fort bien citer à notre époque, où l’on débat de la question brûlante de l’égalité des sexes dans tous les pays et tous les domaines. Le qualifier de « féministe » serait historiquement incorrect, mais… lisez-le seulement ! « Laurent de Briançon – Trois poèmes en patois grenoblois du XVIe siècle : Lo Batifel de la Gisen – Lo Banquet de le Fayes – La Vieutenanci du Courtizan », traduits et présentés par Gaston Tuaillon, Le Monde Alpin et Rhodanien, 1996.

 

 

 

 

 

La piailla francoprovinçala

 

« – O Mme Louise, cetu madin, o vos bâilliret vingt ians de moins, telamint que vos étes éléganta ! », que je dési à ma visina. « – O seret étot fran bien, mon Glaudo, que t’usses vingt kilos de moins de bétisi ! Mais te t’ésse quand mémo aperçu que j’ayin fat des afféres ous soldos d’automno. O n’é pâ coma mon pouro hommo, que ne veyet jamés que j’ayin na novela roba, mémo si a m’amâve fran bien, et je sonjo mémo que si in coup j’étien sortoua tota noua… Mais coma don que te troves mon insimblo-pantalon ? – Euh… je ne sè que dére, Mme Louise, sinon que vos vos étes gaunâ de novo, et qu’o fat certes plési ous zis dou visinajo… – Quand te dés quien, je sonjo ous vers que Laurent de Briançon, de Grenoblo, a composâ vé 1600, onque le jouénes fayes sont apré se mistifrisi :

 

« Iqui le Faye von lour faci miraillié,

Iqui chara lour groin, iqui se gatrouillié

Et iqui se farda, de pou qu’en tirigueina

Ele ne se montron u devan de la Reina »

 

« – Je ious tindrien certes bien compagnie, à celes miyes, plutout que d’allâ ou travar coma vore… – Va donc teni compagnie à ton patron ou lieu de brogi coma quien, o te fara gâgni ta cruta, mon pouro Glaudo… »

 

 

A la semana que vint !

 

Lo Glaudo

 

 

La causette francoprovençale

 

«  O Mme Louise, ce matin, on vous donnerait 20 ans de moins, tellement vous êtes élégante ! », dis-je à ma voisine. « – Ce serait très bien aussi, mon Glaude, que tu aies 20 kilos de bêtise en moins ! Mais tu t’es quand même aperçu que j’avais fait des affaires aux soldes d’automne. Ce n’est pas comme mon pauvre mari, qui ne voyait jamais que j’avais une nouvelle robe, même s’il m’aimait bien, et je pense même qui si une fois j’étais sortie toute nue… Mais comment trouves-tu mon ensemble-pantalon ? – Euh… je ne sais que dire, Mme Louise, sinon que vous êtes vêtue de neuf et que cela fait sûrement plaisir aux regards du voisinage… – Quand tu dis cela, je pense aux vers que Laurent de Briançon, de Grenoble, a composés en francoprovençal vers 1600 et où il décrit des jeunes fées  en train de faire toilette :

 

« Ici, les Fées vont se mirer,

Là se laver le visage, là se baigner

Et là se farder, de peur qu’en tire-gaine

Elles ne se montrent devant la Reine »

 

«  Je leur tiendrais bien compagnie, à ces fillettes, plutôt que d’aller au travail comme maintenant… – Va donc tenir compagnie à ton patron au lieu de rêvasser ainsi, ça te fera gagner ta croûte, mon pauvre Glaude… »

 

 

A la semaine prochaine !

 

Le Glaude

 

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