piaillée 46

Cette 46e piaillée nous donne quelques passages d’une chanson de chasseurs, chantée sur un air de cor de chasse. Chaque village possède la sienne propre, imitée des voisines, mais contenant les noms des habitants et des lieux familiers. Le ton en est toujours moqueur, mais les mêmes plaisanteries, répétées, sont prises avec le sourire, puisque la chanson resserre les liens amicaux.

 

Pour « le vent », on distingue « l’ora » et « lo vint ». Le premier est un terme général, tandis que « lo vint » est déterminé par sa provenance : « vint dou mijor  (« du Midi ») « vint d’Auvergni » appelé aussi « traversa ». Celui du Nord est « la bisi ». Il y a aussi des noms locaux pour les vents particuliers des régions au relief accidenté, comme « la burla ».

 

« Ora », qui vient du latin « aura », de même sens, est apparenté au français « orage », qui désigne à l’origine le vent fort annonciateur de la pluie plus que la pluie elle-même. Il joue un rôle dans la toponymie (= noms de lieux), par exemple dans le joli nom du « Col de toutes Aures » ou « de la Croix de toutes Aures », dans l’Isère. Ce nom risque de ne pas être compris de ceux qui n’ont pas de notions de francoprovençal, mais il est préférable de le garder plutôt que de le traduire par exemple en « Col des Quatre Vents », qui serait plus banal.

 

On trouve ici et là des rues appelées bizarrement « Chemin des Heures ». Il me semble que c’est là l’adaptation erronée d’un francoprovençal « Chamin de les ores », qui sonnerait aux oreilles d’une personne ignorant la langue locale comme « de le zeu-es », étant donné que le o est très ouvert et que le –r– intervocalique se prononce très faiblement. Les « chemins » en question sont toujours exposés aux quatre vents… Bien sûr, pour se prononcer plus nettement, il faudrait avoir des attestations anciennes. Mais il faut toujours se méfier des mauvaises interprétations des mots, reproduits sous une forme erronée sur les cartes et sur les plans.

 

Je pense à un « Chemin Prompt » d’un village du Lyonnais, qui effectivement est très rapide… à la descente seulement !, mais qui est en fait un « chemin pentu », du francoprovençal « prond » correspondant à « pentu, profond ». On connaît aussi l’exemple étonnant du « Pas des Lanciers » en Provence, qui n’a sans doute jamais vu de ces militaires, puisque son vrai nom provençal est « Pas dé l’Ancién », « Col de l’Angoisse », car il est très resserré. Faisons un tour au-delà de la mer : il existe en Tunisie un « Djebel me n’arf », qui signifie « Montagne je ne sais pas », car, dit-on, un cartographe français, ignorant la langue locale (le cas ne se présente pas seulement chez nous !), demanda à un homme le nom de cette montagne, à quoi ce dernier fit la réponse susdite…

 

 

 

 

La piailla francoprovinçala

 

« Mme Louise », que je dési à ma visina, « vetia qu’o biseye. Nos n’ayans pâ besoin de quien-qui ! – Mon Glaudo, l’ora nos rind de servicios ! – Oua, ous marchands de chapiôs, quand o n’i a ion qu’a près l’èr… – Mais le fat viri les éoliennes : o faut rimplaci lo nucléairo… – Certes, mais i ne sont pâ fran contints tiran la Ricamarie, on qu’o va plantâ de dizenes de celos brâvos molins su los molârs pe fére de corant ! O fa codre le liures, et los chassous marronont… »

 

« Justamint », que le me fésit, « coma o i é la Saint René, vans vère noutron René lo chassou ! – Oua, a nos chantara la chanson de la chassi ! Vos la sayis ? » Oh, je n’ayin pâ songi que le chante coma in macariau amorous… Trop târd ! Le commincit :

 

« Din lous invars comme din lous adrets

O ne faut pô de plombs bigos

O ne faut que de plombs drets.

Tony Bador qu’é toujor préto

Ne fé que soutô su son percussion

Disé à se fenes – finèssi de pinsô le bétye

Je coron touô in cayon

To lo long dou chemin a zieutôve :

A la placi de son solitéro

O n’y aye qu’un formidôblo ginè ! »

 

« Bravo, Mme Louise », que je fésis pe sauvâ mes orilles, « modons, nos trinquarans insion ! – Oua, mon Glaudo… »

 

A la semana que vint !

 

Lo Glaudo

 

 

La causette francoprovençale

 

« Mme Louise », dis-je à ma voisine, « voilà la bise. Nous n’avions pas besoin de ça ! – Mon Glaude, le vent nous rend des services ! – Oui, aux marchands de chapeaux, quand on en a un qui a pris l’air… – Mais il fait tourner les éoliennes : il faut remplacer le nucléaire… – Certes, mais ils sont mécontents du côté de la Ricamarie, où on va planter des dizaines de ces jolis moulins sur les collines pour faire du courant ! Ça fait fuir les lièvres, et les chasseurs protestent… »

 

« Justement », me dit-elle, « comme c’est la Saint René, allons voir notre ami René le chasseur !  –  Oui, il nous chantera la chanson de la chasse ! Vous la savez ? » Oh, je n’avais pas pensé qu’elle chante comme un geai amoureux… Trop tard ! Elle commença :

 

« Dans les envers comme dans les adrets,

il ne faut pas de plombs tordus,

il ne faut que des plombs droits.

Tony Bador, qui est toujours prêt,

ne fit que sauter sur son fusil,

disant à ses femmes : finissez de nourrir les bêtes,

nous courons tuer un sanglier.

Tout le long du chemin, il observait :

à la place de son solitaire,

il n’y avait qu’un énorme genêt ! »

 

« Bravo, Mme Louise », lui dis-je pour sauver mes oreilles, « allons-y, nous trinquerons ensemble ! – Oui, mon Glaude… »

 

A la semaine prochaine !

 

Le Glaude

 

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