piaillée 11

Cette onzième piaillée repose sur une tradition orale bien vivante dans les années 1960, dont la clé, peut-être légendaire (méfions-nous des « origines » affirmées, aussi bien d’anecdotes que de mots), se trouve du côté du Dauphiné, comme l’assure Madame Louise.

 

Au-delà de l’humour scatologique, qui cache peut-être un véritable affrontement prérévolutionnaire entre une bourgeoisie montante (comme toujours…) et une petite noblesse ruinée (par définition !), examinons les détails linguistiques, tout d’abord le prénom ‘Liauda’, correspondant féminin de ‘Glaudo’, comme le conteur de ces piaillées. Harmonisant ces deux prénoms, on obtient les formes ‘Gllôdo’ et ‘Gllôda’, si l’on adopte la graphie dite ORB, dont nous reparlerons un jour dans cette rubrique. Pour l’instant, cela nous permettra de signaler que le francoprovençal, comme toutes les autres langues romanes (= issues du latin), est capable tout naturellement de passer pour un même mot du masculin au féminin, alors que cela pose problème au français.

 

Ainsi, celui qui s’appelle Glaudo (ou Liaudo) n’a pas besoin de préciser son sexe, de même que la dame qui se prénomme Glauda (ou Liauda), ainsi que toutes les personnes des deux sexes prénommées Dominique, Camille, Michel(e), Daniel(e), Armel(le), etc. Dans les archives anciennes de la région, on trouve des ‘Philippa’, qui ne connaissaient pas non plus de problèmes (voir le francoprovençal traditionnel ‘Felepo’ et ‘Felepa’).

 

A titre d’exemples parmi d’autres, évoquons ‘lo métro’ et son féminin ‘la métra’, alors que le français, qui ne possède pas de finales atones, doit ajouter un suffixe, ici dans le mot ‘maîtresse’.

 

Mais cette rubrique n’est pas le lieu de parler des débats, par ailleurs passionnants – et que nous suivons avec passion, car l’enjeu est bien autre que celui du simple vocabulaire -, autour de la féminisation du vocabulaire professionnel dans la langue française.

 

 

 

La onziema piailla francoprovinçala

 

 

La Louise m’ayet promettu de me racontâ la suiti dou « secret de la Liauda, que tot lo mondo sat ».

 

« – Madame Louise, poyis-vos me repetâ lo secret de la Liauda ! – Bougra de sampilli, que le me repognit, o-v é fran lo câs d’ou dére coma quien ! Eh bien vetia, que t’ésse si quiriou : les autres vès, de seigneûrs, à fôrci de jitâ los liârs pe la fenétra, n’ayant plus guéro de que. Ion de celos noblos trovit adon pe son garçon la filli d’in marchand de Vizille. Mais le ne sayet pâ fére de grimaces ni portâ crinolines et escarpins.

« Lo jor dou mariajo, los monchus attifâs et le fenes mistifrisés apinchâvont la poura Liauda, fran inmalici que lo garçon usse trovâ na dota et na jôya miya. Mais in fésant sa révérenci, le léssit sôtre… in vint. Et i ne se fésiront pâ preyi pe ricanâ, que lo pâre liou fésit jurâ de ne gin zou racontâ. Devina la suiti ! Depus, o pârle de celu « secret… », mémo si on a essoublâ lo résto.

 

« Celos monsus se nin creyant certes : si o i ayet étâ quôquion d’ielos, i n’i arian mémo pâ prè gârda ! Alors, pe montrâ ce que nos nin sonjons, chantons bien fôrt, avoué lo poèto Jean Cotton de Caluire : « Los paysans vollont bien los monsieux ! ». Et…

 

A la semana que vint !

 

lo Glaudo

 

 

La onzième piaillée francoprovençale

 

La Louise m’avait promis de me raconter la suite du « secret de la Claudia, que tout le monde sait ».

 

«  – Madame Louise, pouvez-vous me répéter le secret de la Claudia ? – Bougre de dégoûtant, me répondit-elle, c’est bien le cas de le dire ainsi ! Eh bien voici, si tu es si curieux : autrefois, des seigneurs, à force de jeter les sous par les fenêtres, n’avaient plus guère de ressources. Un de ces nobles trouva alors pour son fils la fille d’un marchand de Vizille. Mais elle ne savait pas faire de manières ni porter crinolines et escarpins.

« Le jour du mariage, les messieurs élégants et les dames fardées observaient la pauvre Claudia, bien fâchés que le fils eût trouvé une dot et une jolie fille. Mais en faisant sa révérence, elle laissa échapper… un vent. Et ils ne se privèrent pas de ricaner, si bien que le père leur fit jurer de ne rien raconter. Devine la suite ! Depuis, on parle de ce « secret… », même si on a oublié le reste.

 

« Ces messieurs étaient bien vaniteux : si ç’avait été l’un d’entre eux, ils ne l’auraient même pas remarqué ! Alors, pour montrer ce que nous en pensons, chantons bien fort, avec le poète Jean Cotton de Caluire : « Les paysans valent bien les messieurs ! ». Et…

 

à la semaine prochaine !

 

le Glaude

 

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