piaillée 10

 

Cette piaillée est, comme toujours, axée sur l’actualité, dont, au moment de sa parution, un des thèmes est la « notation » des économies nationales par les agences de notation. On fait grand cas du triple A, dont l’absence justifie, aux yeux des gouvernants, un resserrement des mesures d’austérité. Comme d’habitude, le Glaude est troublé par cette question, même s’il n’y comprend pas grand-chose, et la Louise le distrait en lui lisant un passage d’une vie de saint écrite au XIIe siècle en francoprovençal.

 

Ainsi, le Glaude et aussi le lecteur de la piaillée peuvent se rendre compte de l’ancienneté des écrits francoprovençaux et s’apercevoir de la permanence de cette langue, qui garde ses caractéristiques à travers les siècles. On voit ainsi que les premiers témoignages importants de la langue française du Moyen-âge, en particulier la Chanson de Roland, sont contemporains des plus anciens écrits attestés du francoprovençal, telle cette « Via saint Blaivo » (Vie de saint Blaise), dont Mme Louise lit un extrait à son jeune voisin.

 

 

 

La piailla francoprovinçala

 

« Madame Louise, que je fési à ma visina, il ant dit à la télé qu’o i ayet in A que s’ére abadâ dou cuchon dous très AAA que noutron payis… – Acota don, mon Glaudo, o ne faut pâ t’ébravagi ! T’ayâs déjà intindu parlâ de celos très A ? – Ben non… – Alors, ne beûrla pâ per in’ inconnu ! »

 

« Songi plutout ou très furi ! – Mais oua ! O é lo jor qu’i preyont saint Blaise per avè de grous viaus, de bones recôrtes et na bona sandâ… Vos creyis que si o zou fésiet, o nos radusiret noutron trèsiemo A ? – Chôma donc ! Je m’in voué te lire in passajo de la via dou saint, ecrit in francoprovinçal pelè vé 1160. Saint Blaise ayet parâ lo cayon d’ina fena dou loup. Mais los soudârs de l’Impereûr lo jitiront in prèson. Adon ‘illi fist ocire lo porc que illi avit recovra del lou per sa preieri, et preist la testa del porc et lo pies et o mist en un vaissellet et o porteit mon seignor saint Blaivo en la chartra et li preiot que en mengest. Mos sire sainz Blaivos en rendeit graces a Deu et mengeit et dit a la fenna : Fenna, perfei ma memoiri de cest ensamplo, et ta meisons non apovrira de toz los beins qui de Deu sont.’ – O Madame Louise, j’è quâsi tot comprès ! – Incore in mirâquio dou saint, mon Glaudo… »

 

A la semana que vint !

 

lo Glaudo

 

 

« Mme Louise, dis-je à ma voisine, ils ont dit à la télé qu’un A s’était échappé du tas des trois AAA que notre pays… – Ecoute, mon Glaude, ne t’affole pas ! Avais-tu déjà entendu parler de ces trois A ? – Ben non… – Alors, ne pleure pas un inconnu ! »

 

« Pense plutôt au trois février ! – Mais oui ! C’est le jour où l’on prie saint Blaise pour avoir de gros veaux, de bonnes récoltes et une bonne santé… Vous croyez que si ça marchait, cela nous ramènerait notre troisième A ? – Arrête ! Je vais te lire un passage de la vie du saint, écrit en francoprovençal vers 1160. Saint Blaise avait sauvé du loup le porc d’une femme. Mais les soldats de l’Empereur le jetèrent en prison. Alors ‘elle fit tuer le porc qu’elle avait recouvré du loup par sa prière, et prit la tête du porc et ses pieds et les mit dans un récipient et les porta à monseigneur saint Blaise dans sa prison et le pria d’en manger. Monseigneur saint Blaise en rendit grâces à Dieu et mangea et dit à la femme : « Femme, consacre mon souvenir par cet exemple, et ta maison abondera de tous les biens qui viennent de Dieu.’ – O Mme Louise, j’ai presque tout compris ! – Encore un miracle du saint, mon Glaude… »

 

A la semaine prochaine !

 

le Glaude

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