piaillée 4

Voici une nouvelle citation francoprovençale, venant de Bresse. Dans la partie sud de la Bresse, comme dans le Bugey, le Nord de l’Isère et une partie de la Savoie, le phonème de base, dz- / ts-, déjà évoqué (3e piaillée) à propos du Roannais, a évolué en zh- / sh-, soit une vibrante dentale rapprochée généralement du th– doux et dur de l’anglais.

On remarquera l’adjectif possessif de la 4e personne terminé en –on (= notre), qui caractérise en règle générale le francoprovençal, de même que celui de la 5e personne, « continuant » le –on de mon / ton / son. Ici, on voit neutron, qui est à la 5e personne veutron.

 

La Saint Martin, célébrée le 11 novembre, était le jour où les ouvriers agricoles étaient embauchés pour la saison. Nous voyons ici les locutions courantes, ‘s’afromâ’ (à rattacher à ferma, la ferme), et ‘être a métro’ (littéralement ‘être à maître’).

 

Pour la chanson bressane, voir http://litterature01.chez-alice.fr/Chansons-pop-pat/Chanson-Martin.html

 

 

 

 

La quatriema piailla francoprovinçala

 

« Vetia la San-Martin qu’approuçe, neutron vôlè va s’en allô. Se nou perdin neutron vôlè, nous perdrin tout, nous farin mauvais ménazhou, ma pi vous ». O ère ma visina, la Louise, que couivâve sa cadetta. Quand le chante, sa voué creusse coma in macariau, mais n’allâ pâ rin li zou dére !…

« O Madame Louise, vo chantâ la San-Martin de Breusse, quand lous vâlets veniant à la mié novimbro su la placi dou marchi pe s’afromâ ? I réstâvon ina sèson à métro, et aprés celu tin, i nin cherchâvont ion de noviau.

« O-v é certes quien, mon Glaudo ! ». J’éro fier coma in piou su la téta d’in évèquo. « Je me soveno de celous que veniant de la Yauta-Lèri, i lous apelâvont « lous Blancs ». Mais ioure, avoué le machines agricoles… » Le se meti à brogi. Je m’innoyâvo in pou, et j’avanci à barjacâ :

 

« – Madame Louise, vos que sâdes tant de chouses, pouédes-vos me dére perque don qu’i diont qu’o faut toujor rassurâ lous marchis ? Que me, quand je vindo lous cabrions de ma bela-suèr ou marchi de Genâ, je trimblo toujor de ne pâ liquidâ la marchandi et de me fére brure. I é-tè la méma ?

 

« – Mon pouro Glaudo, te ne comprins rin à le finances ! Je te dérè tot…

 

LA SEMANA QUE VINT !

 

lo Glaudo

 

La quatrième piaillée francoprovençale

 

« Voici la Saint-Martin qui approche, notre valet va s’en aller. Si nous perdons notre valet, nous perdrons tout, nous ferons mauvais ménage, moi et vous ». C’était ma voisine, la Louise, qui balayait son trottoir. Quand elle chante, sa voix grince comme un geai, mais gardez-vous de le lui dire !…

« O Madame Louise, vous chantez la Saint-Martin de Bresse*, quand les valets venaient à la mi novembre sur la place du marché pour se louer ? Ils restaient engagés un an, et au bout de ce temps, ils cherchaient à nouveau un maître.

« C’est tout à fait cela, mon Glaude ! » J’étais fier comme un pou sur la tête d’un évêque. « Je me souviens de ceux qui venaient de la Haute-Loire, on les appelait « les Blancs ». Mais à présent, avec les machines agricoles… » Elle se mit à rêvasser. Je m’ennuyais un peu, et je continuai à bavarder :

 

« – Madame Louise, vous qui savez tant de choses, pouvez-vous me dire pourquoi on dit qu’il faut toujours rassurer les marchés ? Moi, par exemple, quand je vends les cabrions de ma belle-sœur au marché de Genas, je crains toujours de ne pas liquider la marchandise et de me faire disputer. Est-ce la même chose ?

 

« – Mon pauvre Glaude, tu ne comprends rien aux finances ! Je te dirai tout…

 

la semaine prochaine !

 

le Glaude

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