piailla 2

Note : dans cette seconde Piaillée, on pourra observer une variété locale de francoprovençal, celle de la région de Roanne, plus précisément du village de Coutouvre, d’où était originaire Louis Mercier[1]. Cette variété locale entre en ligne de compte dans le francoprovençal « moyen » que j’adopte pour les piaillées (voir le texte « Présentation des piaillées francoprovençales).

 

Cette belle variété de francoprovençal, représentative des patois beaujolais, mâconnais et bressans septentrionaux, comporte les sons notés dz et ts, qui sont, d’après les études faites sur la diachronie de la langue, des consonantismes originels du francoprovençal, qui ont évolué de diverses manières selon les lieux, et que nous pourrons observer dans les « citations » des piaillées de la suite. Une autre caractéristique en est l’absence des voyelles finales atones, que l’on trouve en règle générale en francoprovençal. Là où Louis Mercier écrit tsouse, le sud du Beaujolais, plus conservateur, dit tsousa (= chose)

 

 

La deuziema piailla francoprovinçala

 

La Louise se revorge lo cassot su la crisa de l’uro. L’a decarruchi in conto onque in cayon ayet bailli la solution financiri. In payisan l’ayet achitâ à la fèri, et vetia-te pâ qu’a chiâve de pognon tant et pro. Fran coma la B.C.E. : a ne donâve de liârds qu’ous ins, mais pâ ous autros… :

 

I avant dédza ramassieu quoque tsouse queume cint-vant frincs, quind, le matan dé dzor de l’in, le père Baraudi se mettit à crieu : « – Ah ! sole animau ! é s’a pos dzanno pé ses étrannes. É n’a fait que dix sos, c’tu matan. » La mère Baraudi examénit la pièce, et se mettit éteu à timpéto. « Ah ! le mandran ! » Dé cop, i commincéront à regardo lu cotson de trava. Ah ! si é ne s’y remetteut pos le lèdemain…

 

Per savè la suiti, achitâ don lous Contos de Jean-Pierre, de Louis Mercier, in patois de Rouanna. In piaillant, je dio à ma visina. « A propous de chiffros, Madame Louise, ayis-vo vu que la semana passâ, o é lo 11 novimbro 2011 ? – Et alors ? – O fa na sacrée ranchi de ions ! sié d’in coup, quina combinaison ! – Grand bardaviau, ne m’innoyi don pâ avoué te gognandises… ». Ben ouatt ! si vo trovâ na parilli combinaison dins noutron sièclo, ecreyi-m’ou à L’Essor, avant

 

LA SEMANA QUE VINT !

 

lo Glaudo

 

La seconde piaillée francoprovençale

 

La Louise se creuse la tête sur la crise de l’euro. Elle a dégoté un conte où un cochon avait donné la solution financière. Un paysan l’avait acheté à la foire, et voici qu’il ch… de l’argent tant et plus. Tout comme la B.C.E. : il ne donnait de sous qu’aux uns et pas aux autres… :

 

Ils avaient déjà ramassé quelque chose comme cent vingt francs quand, le matin du jour de l’an, le père Baraudier se mit à crier : « – Ah ! sale animal ! il ne s’est pas gêné pour ses étrennes. Il n’a fait que dix sous ce matin. » La mère Baraudier examina la pièce et se mit aussi à tempêter. « Ah ! le Mandrin ! » Du coup, ils commencèrent à regarder leur cochon de travers. Ah ! s’il ne s’y remettait pas le lendemain…

 

Pour savoir la suite, achetez donc les Contes de Jean-Pierre de Louis Mercier, en patois de Roanne. En bavardant, je dis à ma voisine : « A propos de chiffres, Madame Louise, avez-vous vu que la semaine passée, c’était le 11 novembre 2011 ? – Et alors ? – Ça fait une sacrée série de uns ! six d’un coup, quelle combinaison ! – Grand benêt, ne m’ennuie donc pas avec tes bêtises… » Quand même ! si vous trouvez une pareille combinaison dans notre siècle, écrivez-le moi à L’Essor, avant

 

LA SEMAINE PROCHAINE !

 

le Glaude

[1] A Coutouvre, un remarquable mur peint rend hommage à plusieurs personnalités historiques du village. Louis Mercier y figure en bonne place, et le passant s’en réjouit. Il est représenté écrivant, ce qui est juste, car il fut journaliste et poète réputé. Mais il y manque sa contribution culturelle la plus connue aujourd’hui, celle d’avoir écrit « Les Contes de Jean-Pierre », racontés et retransmis dans tous les patois de la région – et même en français – depuis leur parution en 1907, puis en 1928. Louis Mercier s’y révèle comme un des conteurs francoprovençaux les plus intéressants du XXe siècle. D’ailleurs, une édition de ses contes, sous l’égide de la Région Rhône-Alpes, vient de paraître aux éditions EMCC de Lyon (N°ISBN : 978-2-35740-116-7).

 

N’en faisons pas grief aux réalisateurs de ce mur peint, belle création artistique de la commune ! Si une mention de ses contes francoprovençaux pouvait être adjointe à cette fresque, le rôle culturel de Louis Mercier en serait couronné.

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s